L'éléphant de savane

L'ELEPHANT DE SAVANE

L'éléphant de savane, autre membre du Big 5, est le plus gros animal terrestre et certainement l'un des plus intelligents. Ils peuvent vivre jusqu'à l'âge de 60 ans. C'est un animal fascinant à observer du fait de la complexité de sa structure sociale. Il fut un temps où l'éléphant était présent dans toute l'Afrique, Sahara et Afrique du Nord compris. Aujourd'hui, l'éléphant n'est présent qu'en Afrique subsaharienne. Quelques populations éparses survivent péniblement en Afrique de l'Ouest et en Afrique Centrale où elles sont en danger d'extinction, il existe encore des populations stables en Afrique de l'Est mais qui restent sous pression en raison du braconnage, seules les populations d'Afrique australe se portent relativement bien. 

Il existe en Afrique deux espèces d'éléphant : l'éléphant de savant dont il est question ici et l'éléphant de forêt (Loxodonta cyclotis). L'éléphant de forêt est plus petit avec des défenses plus droites qui pointent davantage vers le sol. Les oreilles sont plus petites et plus rondes. L'éléphant de forêt est inféodé aux forêts denses d'Afrique de l'Ouest et Centrale en particulier au Cameroun, en République Centrafricaine, au Tchad, au Congo Brazzaville, en République Démocratique du Congo. C'est une espèce encore plus menacée que l'éléphant de savane en raison de la disparition de son habitat. Il est souvent sympatrique avec l'éléphant de savane qui suffisamment adaptable pour s'aventurer dans les forêts denses. Leurs meurs sont par ailleurs similaires.

Elephant de savane (Kenya, Samburu)

MENSURATIONS

Longueur : 600-750 cm (avec la trompe)

Hauteur : F= 260 cm (en moyenne avec maximum de 300 cm) ; M=250- 400 cm (320 cm en moyenne)

Poids : F= 2,5-3,5 t (maximum de 4,5 t) ; M= 4- 6 t (maximum 10t).

ECOLOGIE

Habitat : Les éléphants sont très adaptables et peuvent survivre dans presque n'importe quel habitat pourvu qu'il y ait de l'eau et suffisament de nourriture. On les trouve ainsi de la forêt dense aux semi-déserts comme en Namibie où les éléphants satisfont leur besoin en eau dans les sources de montagne. Les éléphants sont également présents dans tous les types de forêts de la forêt tropicale humide, les forêts de montagne, les forêts galleries, les savanes arborées et bois clairs. Ils affectionnent également les plaines inondables, les marais et les savanes. 

Nourriture : Le régime alimentaire de l'éléphant est le plus diversifié de tous les herbivores. 150 espèces de végétaux peuvent être consommées sur une année. Un éléphant consomme 4 à 6% de son poids quotidiennement (Estes) ou au minimum 1 à 2% selon Lindsay soit au minimum 40 à 80 kg de nourrriture. En conséquence, ils passent 60% de leur temps à se nourrir et seulement 4 à 5 heures sont consacrées au repos. Les éléphants sont principalement phyllophages et leur taille et leur trompe leur permet de se nourrir de feuillage situé à 5m du sol soit presqu'aussi haut qu'une girafe mâle. A Mana Pools, au Zimbabwe, les éléphants mâles se dressent même sur leurs pattes arrières pour se saisir du feuillage qu'ils ne peuvent atteindre avec leur trompe. Ils se nourrisent également de plantes herbacées, surtout pendant la saison des pluies et se rabattent sur des plantes ligneuses pendant la saison sèche comme des arbrisseaux, des phorbes et l'écorce des arbres. Les éléphants peuvent abattre à un arbre en poussant avec leur trompe et leur défenses pour le faire tomber au sol et se nourrir de l'écorce, des feuilles et des fruits.  Il se nourrit également de racines. Les éléphants essaient en générale de se nourrir de plantes à haute valeur nutritive qu'ils consomment en grande quantité dans la mesure où leur système digestif n'est pas très efficace et n'assimile que 44% de la nourriture ingérée (Estes). Les éléphants sont dépendants de l'eau et ont besoin de 160l par jour quotidiennement. Les éléphants sont souvent pointés du doigt pour leur impact destructeur sur la végétation lorsqu'ils sont en trop grandes concentrations comme au Botswana en oubliant qu'ils contribuent à la regénération du couvert végétal à travers les graines non digérées contenues dans leurs excréments qui vont contribuer à la repousse de la végétation et la fertilisation des sols.

Comportement et structure sociale : La société des éléphants est à la fois matriarcale et ségrégationiste dans la mesure où mâles et femelles vivent séparés la plupart du temps. La structure sociale de base est la harde composée de femelles adultes et subadultes apparentées (filles d'une précédente génération) avec leurs petits dirigées par une matriarche qui est la femelle la plus âgée et la plus expérimentée. Les hardes peuvent compter 2 à 25 individus mais comptent une dizaine de membres en moyenne. Les mouvements et les activités de la harde sont dictés par la matriarche. Cette dernière est la mémoire de la harde qui connait la localisation des points d'eau et des aires de pâturage. Lorsqu'elle meurt, la harde est souvent désorientée pour plusieurs jours. Lorsqu'il y a trop d'individus dans une harde, une scission peut s'opérer. La nouvelle harde est dirigée par une nouvelle matriarche. Cependant les deux hardes reconnaissant leur affiliation et manifestent leur affection au cours d'une cérémonie d'accueil lorsqu'ils se croisent ce qui n'est pas le cas avec une harde étrangère (Estes). Lors d'une cérémonie d'accueil, un éléphant au statut social inférieur (jeune) insère sa trompe dans la bouche de l'animal au statut social dominant. Les hardes peuvent également se fissurer si les ressources alimentaires sont rares. 

Les mâles quittent leurs hardes natales vers l'âge de 10 ans souvent sous la pression des femelles de moins en moins tolérantes. Ils errent seuls mais peuvent également rejoindre des hardes de mâles célibataires qui contiennent des mâles de tout âge. Ces hardes de mâles célibataires peuvent compter plusieurs dizaines voire jusqu'à une centaine de mâlesCes hardes de mâles célibataires peuvent compter plusieurs dizaines voire jusqu'à une centaine de mâles. Les liens entre mâles sont moins étroits qu'entre les femelles mais les relations restent amicales. Ils semblent qu'il existe également une hiérarchie entre les mâles basées sur la taille et la séniorité. Lorsqu'un mâle plus petit rencontre un mâle plus grand, l'éléphant le plus petit adopte une posture de soumission en baissant la tête et se retire doucement. Il peut arriver qu'il glisse sa trompe dans la bouche du mâle dominant. Lorsque deux mâles de statut et de force équivalent se rencontrent, ils se toisent, tête haute jusqu'à ce que leurs défenses et bases de leurs trompes rentrent en contact et se saisissent et tentent de prendre la mesure de leur adversaire (taille des défenses, de la trompe et gabarit). Celui qui est capable de lever la tête le plus haut est en général considéré comme dominant. Ces postures sont également utilisées dans les hardes de femelles entre une femelle dominante et une femelle au rang inférieur. 

La hiérarchie est également déterminée entre les mâles pendant la période où ils rejoignent des hardes de célibataires. Les jeunes mâles sont relativement belliqueux et se lancent souvent dans des joutes amicales où ils se poussent mutuellement front contre front en entrelaçant leurs trompes puis leurs défenses une fois qu'elles ont poussé. Dans les combats plus sérieux les deux adversaires procèdent de la même manière et tentent de déséquilibrer l'adversaire et peuvent même se percuter violamment avec un risque accru de transpercer l'adversaire avec les défenses. Les combats entre mâles matures sont rares mais sont souvent fatals et sont occasionnés le plus souvent par la présence d'une femelle en période d'oestrus. Il n'y a qu'en période de mutsch où les combats entre mâles sont plus fréquents et réellement violents. Le mutsch est un état pendant lequel l'éléphant mâle est soumis à une intense poussée de testostérone et de tension sexuelle qui se remarque par les écoulements d'une substance noirâtre de ses glandes temporales, son urine qui émet une odeur plus chargée qu'à l'accoutumée et une posture caractéristique. En période de mutsch la hiérarchie entre éléphants mâles est temporairement bouleversée et même un mâle habituellement dominé aura le dessus sur un éléphant plus mature en raison du surcroit d'aggressivité qui caractérise la période du mutsch. En général, les mâles en période de mutsch s'isolent et errent à la recherche d'une femelle réceptive. Les vieux éléphants vivent en solitaire dans des zones marécageuses où la végétation plus tendre est plus facile à ingérer ce qui explique peut-être aussi la légende des cimetierres d'éléphants dans la mesure où les vieux éléphants convergent en général vers les marais dans les derniers jours de leur vie.

Les éléphants ne sont pas territoriaux et errent au sein de domaines vitaux d'une superficie variant de 50 km2 à plus de 12 000 km2 en fonction des ressources alimentaires disponibles. Plus les ressources alimentaires sont rares plus la superficie du domaine vital sera élevée comme au Namibie et dans les rares pays du Sahel qui comptent encore quelques populations d'éléphants. La communication entre éléphants joue un rôle très important pour maintenir la cohésion de la harde, dans l'identification des individus et pour coordonner les mouvements de la harde.  Les éléphants sont capables de reconnaitre la voix des autres éléphants. Les éléphants coordinnent leurs mouvements à l'aide d'infrason qui portent à plusieurs km et leurs permettent de se retrouver.

La vie sociale des éléphants est tellement riche qu'il est impossible d'en retranscrire tous les détails ici mais on renverra aux travaux Cynthia Moss et de Iain Douglas-Hamilton (entre autres) pour plus de détails.

Reproduction : Les éléphants se reproduisent toute l'année mais on note parfois des pics de naissance au milieu de la saison des pluies au moment où la nourriture est la plus abondante. Les femelles sont relativement tolérantes et laissent les mâles s'approcher afin qu'ils puissent s'assurer de leur réceptivité ce qu'ils font en utilisant la trompe qui est insérée au niveau des organes génitaux pour en recueillir les sécrétions portées ensuite à la bouche du mâle pour que les phéromones recueillies atteignent l'organe de Jacobson. Il peut arriver que les femelles soient plus méfiantes, surtout si elles sont en période d'oestrus (reconnaissables aux yeux dilatés, tête haute) et évitent les mâles. Si le mâle est trop insistant, elle quitte la harde dans un pas rapide, queue relevée et tête haute. Si le mâle persiste dans son entreprise, la femelle fuit parfois pendant plusieurs heures. Si le mâle la rattrape, l'accouplement peut avoir lieu. Pour ce faire, le mâle pose sa trompe sur le cou et la tête de la femelle avant de faire reposer son menton et ses défenses en prélude à l'accouplement. Il semble que les femelles aient une préférence pour les mâles les plus gros et les plus âgés qui sont souvent des mâles dominants. Elles ont tendance également à rester en présence des mâles en période de mutsch dans la mesure où les autres mâles non-mutsch les évitent permettent à la femelle d'échapper à leurs attentions.

La période de gestation est de 650 jours, soit près de 22 mois. La femelle met bas en présence des membres de la harde en position debout avec les pattes arrières légèrement repliées. Le petit pèse une centaine de kilos à la naissance et la mère et le reste de la harde l'aident à sortir du sac gestationnel. L'arrivée de l'éléphanteau est accueillie avec moults barrissements et cris qui traduisent la joie des membres de la harde. L'éléphanteau est le sujet d'une attention constante des membres de la harde. Le petit est dépendant du lait maternel pendant deux ans. Les mâles têtent plus que les femelles et les mères sont moins réceptives aux appels des petites femelles. Le lien entre la mère et son petit est très fort et peut persister pendant 50 ans. Après un ou deux ans, le petit tisse des liens avec les autres membres de la harde qui le protègent et l'aident dans sa progression et à surmonter les obstacles qui se dressent sur son chemin au même titre que la mère. Les éléphanteaux sont espièges et curieux et jouent souvent entre eux.

Prédateurs : L'éléphant adulte est l'un des rares animaux d'Afrique qui ne connaît aucun prédateur. Les troupes de lions déterminées s'attaquent  de temps en temps aux petits jusqu'aux subadultes jusqu'à l'âge de 15 ans. Il n'y a que dans le Savuti au Botswana que les lions s'attaquent très exceptionnellement aux éléphants adultes avec un succès mitigé (Dereck & Berverly Joubert). Il est possible que pendant la saison sèche au Savuti le manque de proies et notamment d'ongulés poussent les lions à s'attaquer en désespoir de cause aux éléphants. On rapporte aussi au moins un cas de prédation de lions sur un éléphant mâle adulte (Melland) mais c'est un évènement tout à fait exceptionnel. Les hyènes tachetées et les léopards s'attaquent parfois aux nouveaux-nés de manière exceptionnelle. Lorsque des lions ou des hyènes tachetées tentent de s'attaquer à un petit, les adultes forment un cercle défensif autour de lui. Il existe aussi des cas répertoriés d'attaques infructueuses de crocodiles du Nil sur des éléphants adultes et même des vidéos YouTube. Les reptiles saisissent la trompe de l'éléphant quand il s'abreuve mais ces tentatives sont vouées à l'échec. Le pachyderme réagit en secouant le reptile dans tous les sens jusqu'à ce qu'il lâche prise. Lorsqu'ils sont confrontés à des lions, des hyènes tachetées ou des lycaons, les éléphants réagissent agressivement en les chargeant, en barrissant, oreilles écartées et trompe levée. C'est généralement suffisant pour faire fuir tout prédateur. 

Les éléphants sont en général paisibles envers les autres herbivores mais peuvent avoir des réactions hostiles notamment en saison sèche autour des points d'eau. Lorsqu'ils arrivent à un point d'eau, les éléphants écartent les autres animaux en barrissant. Des rhinocéros, des hippopotames, des buffles, des lions, des phacochères, un élan mâle et même un oribi (Kingdon) ont déjà été tués autour d'un point d'eau par des éléphants. Il est très rare qu'un éléphant tue un autre animal ce d'autant plus que c'est un animal qui a un rapport ambivalent à la mort. Qu'il s'agisse d'un congénère ou d'un autre animal, les éléphants montrent une grande détresse face à la mort d'un animal. S'il s'agit d'un congénère, ils essaient souvent de le relever et le touchent longuement de leur trompe tout en le pleurant. Une mère peut rester près du corps de son petit décédé pendant plusieurs jours. 

Meilleurs endroits pour les voir : Les éléphants sont visibles dans la plupart des grandes réserves d'Afrique australe et orientale. Toutefois il existe quelques hauts lieux comme le Savuti et le parc de Chobe au Botswana, le parc d'Amboseli au Kenya, le Selous en Tanzanie, le Kruger en Afrique du Sud et Hwange au Zimbabwe. C'est un animal qui s'observe facilement et dont la localisation ne présente aucune difficulté.